• Olivier Rousseau

Une pause pour l'enfant "parfait".


Je suis l’exemple parfait de la réussite du système scolaire québécois.

En sixième année, j’ai reçu le prix du directeur pour l’élève s’ayant le plus démarqué académiquement, socialement et physiquement.

J’ai cumulé les tableaux d’honneur tout au long du secondaire et couronné le tout avec deux diplômes universitaires.

L’école, c’était facile, j’avais des amis, je jouais sur l’équipe de hockey et jamais, je n’ai vécu d’intimidation. J’étais parfait pour le système et le système était parfait pour moi.

Mais j’ai aussi cumulé autre chose que les prix et les diplômes. Je le réalise aujourd’hui.

Perte de ma soif d’apprentissage, besoin de réussir et de plaire à tout prix, crainte de l’échec, étouffement de ma créativité. Sans parler de la dégradation de ma joie de vivre et incapacité à prendre mon temps pour quoi que ce soit. Il fallait toujours la prochaine réussite

J’étudiais selon ce qui serait à l’examen. Je participais aux comités et faisait du bénévolat parce que c’était bien vu.

Toujours une ligne de plus sur le CV.

À travers cela, j’ai arrêté de prendre le temps. Prendre le temps de lire pour le plaisir, de danser et rire avec mes amis. D’apprendre par simple intérêt. D’aller en profondeur dans un sujet qui m’intéressait.

J’ai toujours senti une grande tristesse au fond de moi. Sans jamais la comprendre. Je mettais le masque de l’enfant parfait et heureux. J’avais tout et tout était facile. Comment pouvais-je me plaindre?

Ce n’est que récemment que je me suis mis à comprendre. Sals le vouloir, on a détruit ma joie d’apprendre quand j’étais petit. On m’a dit de suivre le cadre, et on a supprimé mes élans créatifs. Une réussite n’attendait pas l’autre. Mais jamais le droit à l'échec.

Aujourd’hui, je me suis retrouvé. Le déclic ne s’est pas fait du jour au lendemain. Petit à petit, je me suis rebellé face à la personne que le système voulait que je sois. Sans pour autant perdre le contact de la réalité. Juste prendre un peu plus le temps.

Ma soif d’apprendre renouvelée, je me suis remis à écrire, lire et même jardiner pour le plaisir. J’ai retrouvé ma créativité.

Et les signes sont de plus en plus présents.

La “TED talk” la plus visionnée de l’histoire s’intitule “est-ce que l’école tue la créativité?”. Prenez le temps de la regarder. Car, selon un sondage de IBM de plus 1500 PDG à travers le monde, la qualité la plus importante au sein des organisations du futur est justement la créativité.


Ça vaut la peine de le répéter: la créativité.


Pas la rigueur, la discipline ou la standardisation au coeur de notre système scolaire. Cette créativité est essentielle pour naviguer un monde et des problèmes de plus en plus complexes et interconnectés. On le comprend encore plus depuis quelques jours.


Même les grandes universités le reconnaissent en acceptant de plus en plus, les jeunes au parcours scolaire atypique.


Arrêtons de transmettre la peur de l’échec et de faire les choses autrement car ils sont les fondements même de l’innovation.


La pause que la crise actuelle nous impose n’a pas que du négatif. Si ça aidait les jeunes à prendre le temps à la maison pour leurs élans créatifs. Ou juste pour se reposer de ce style de vie frénétique… Quelques mois sans école ne peux que faire du bien à la majorité des enfants. Offrons leur ce répit.

De plus, je me demande comment on va pouvoir développer la créativité et l’innovation chez les générations futures? Quelle place a-t’elle dans le système scolaire actuel? J’y ai passé 20 ans de ma vie sans jamais vraiment la rencontrer.

Car même si l’on gagne en rigidité et discipline, on finit par perdre sur d’autres fronts.

Pendant que j’avais des 95% en math et en écriture, mes capacités d’innovation et de créativité s’effritaient peu à peu. J’avais des 90% en lecture, tout en perdant mon désir de lire et d’apprendre.

Dans les statistiques, je suis un succès du système scolaire. Et pourtant, je vous le dis aujourd’hui, je suis plutôt un échec. J’ai fini par être un décrocheur. J’ai décroché de ma joie de vivre, de ma créativité et de ma soif de créer un monde meilleur. Et ça m’a pris des années pour me retrouver et pour finalement m’arrêter un peu.


Prenons cette pause pour repenser l’éducation et la vie que l’on veut pour nos enfants et surtout la place qu’on accorde à l’échec, la créativité et aux temps libres.


Donnons un moment de répit à nos enfants au lieu de toujours vouloir plus de rigueur et de performance. Et surtout, laissons leur la chance de nous surprendre et d'être eux-même!

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