Tout d’abord, au travers des différentes recherches que j’ai menées, mon impression est que le sujet reste mystérieux, et sujet à de grandes marges d’interprétation – ainsi, par exemple, la superficie de l’île varie, selon les sources, de 112 à 180 km² … une telle différence sur un aspect factuel laisse présager des possibilités offerte par le mythe des Moai …
L’île de Pâques est donc un sujet à découvrir, et la compréhension de son mystère – ce qui ne signifie pas son explication – se mérite, au travers de lectures et rencontres.
+/-160 km², située dans le Pacifique Sud, à 3.700 km de Santiago, et 4.000 km de Tahiti, l’île de Pâques est une province du Chili.
Le “nombril de la terre”, à des miles et des miles du continent ou d’une autre île habitée, est une terre volcanique, qui se dresse jusqu’à 500 m au dessus du niveau de la mer. Il n’y a aucune source d’eau, seulement 3 puits naturels dans la lave.
Le peuple qui s’y est installé est probablement arrivé de la Polynésie (les îles marquises ?), vers 400 A.D. Une tentative récente menée sur des pyrogues polynésiennes semble avoir montré qu’il s’agissait d’une navigation de 17 jours – à mon avis, ça, c’est uniquement à condition de savoir où se trouve la tête d’épingle sur laquelle on souhaite mettre le pied, bien entendu. Néanmoins, les polynésiens ont une réelle expérience de la navigation, sans boussole ni sextant, mais à l’aide des étoiles et autres signes. Ils sont rompus à passer des semaines sur leurs grandes pyrogues à balancier ou catamarans.
La population semble s’être organisée et répartie le territoire en 9 espaces, chacun réservé à une tribu. Des estimations permettent de penser que l’île était habitée par 9.000 personnes (plus raisonnablement : 3.000 ?) lors de son apogée (des modèles vont jusqu’à 15.000 habitants, mais semblent irréalistes, car cela reviendrait à plus de 90 hab/km², ce qui fait une densité supérieure aux pays antiques, alors que les ressources et conditions météorologiques ne paraissent pas permettre un tel nombre).
L’île est célèbre pour ses Moai, énormes personnages de pierre (en moyenne : 4m, 12 tonnes), alignés sur des Ahus, tertres plats de pierres sous lesquels les ancêtres sont enterrés. A l’exception de 7 d’entre eux (représentants, d’après leur mythologie, les 7 grands explorateurs, et leur Parents, suite à un rêve-vision de Hotu Matu’a “Le Grand Parent”, plus vraissemblablement pour fuir une guerre, ou à des fins expéditionnaires de découverte des terres inconnues), les Moai étaient tournés vers l’intérieur des terres, afin que l’énergie (“Mana”) issue des ancêtres, soient transmise aux vivants au travers de leurs yeux (faits de corail blanc et de scorie de pierre rouge, ils ressortent sur la pierre).
On a dénombré de l’ordre de 900 Moai, à différents stades de fabrication, depuis la taille en carrière, jusqu’au stade érigé, en passant ceux abandonnés entre le lieu de fabrication et celui d’érection. Le plus grand d’entre eux érigé mesure 10m, mais un moai de plus de 21 m (270 t) existe, à l’état de préparation en carrière.
les moais ont probablement été érigés entre 1400 et 1600. La question de l’effort demandé par leur érection et des moyens nécessaires est toujours sources de divers scénarios (http://www.pbs.org/wgbh/nova/easter/move/past.html) ; une expérience a été réalisée récemment par un groupe de 75 archéologues.
La population, est probablement à son apogée vers 1550 ; elle vit de tout un ensemble d’arbres (bananiers, palmiers) et plantes (patate douce) apportées par les premiers habitants, le sol volcanique étant favorable à leur développement.
Làs, il est fort probable que l’apogée de l’île précède une décadence rapide : les habitants sont en surpopulation – la main d’oeuvre qui permet l’érection des moais toujours plus grands et nombreux nécessite énormément d’énergie, et les divinités de pierre consomment beaucoup de bois. La déforestation s’accélère jusqu’à entraîner une érosion importante en de multiple endroits, et les cultures deviennent insuffisantes.
Au fil du temps, le manque de bois devient tellement criant que les habitants n’ont même plus la possibilité de fabriquer leurs bateaux … et donc, de pêcher. Les Hommes s’épuisent …
Il y a fort a parier que lorsqu’elle comprend que les ancêtres ne récompensent pas les Moai (et les sacrifices) toujours plus grands, la population entre dans un état de révolte qui mène au renversement de l’ordre social, à des oppositions entre tribus, tueries, et renversement de la presque totalité des sculptures.
Alors qu’ils n’ont plus de moyens de quitter l’île, et que les ressources s’amenuisent, les habitants crée le mythe de l’homme-oiseau, inspiré du passage annuel d’oiseaux migrateur – il est évident qu’ils rêvent alors d’évasion vers d’autres terres plus hospitalières par les airs … alors que la nostalgie de la grande époque leur est rappelée par leur tradition orale, et les moai gisants.
Devient l’homme-oiseau pour un an, celui choisi au sein de chaque tribu, et qui, le jour de la course, est le premier à rapporter un des oeufs de ces oiseaux migrateurs au centre de l’île. Il détient alors le pouvoir de répartir les ressources pour sa tribu au cours de l’année qui s’écoule.
En 150 ans, les RapaNui ont payé le prix fort pour leurs choix politiques et spirituels, qui ont sans douté entrainé toute l’île à ne plus être que l’ombre d’elle-même, suite à sa surexploitation.
C’est le Hollandais Jacob Roggeveen qui découvre l’île de Pâques, en 1722. Vers 1770, les péruviens prennent possession de l’île, de peur que les français ne se l’approprient. La population, suite aux maladies, à l’insertion des rats, à l’esclavage, et autres déportations voit son nombre tomber à une centaine (principalemet des hommes âgés), et ses traditions et histoires s’évanouissent.
L’écriture rongorongo (seule une 20ne de tablettes sur un bois d’arbre disparu existent encore au niveau mondial, certaines atteignent des fortunes exprimées en millions) par exemple, même si elle fait l’objet de plusieurs hypothèses.
Jusqu’en 1888, date de son annexion par le Chili (qui ne s’en souciera pas vraiment avant 1953) l’île fera l’objet de divers pillages et de captures d’hommes et de femmes à des fins d’esclavage, notamment pour la chasse à la baleine. Elle sera également occupée par une entreprise continentale, qui l’exploitera dans une grande partie (entraînant la relocalisation des populations existantes) à l’élevage de moutons. Finalement, des enfants des RapaNui déportés finissent par réinvestir l’île – et vivre d’un certain tourisme de la grandeur passée.
Mon propos n’est pas ici d’être exhaustif concernant l’île de Pâques (on trouvera peut-être à redire sur l’exactitude de mon résumé), mais plutôt de vous faire part de l’idée que l’histoire de l’île de Pâques est instructive pour notre génération, et résume les enjeux – toutes proportions gardées – auxquels nous sommes dorénavant confronté au niveau planétaire.
Car enfin, leurs ressources étaient limitées et une démographie galopante … ainsi en va-t-il au niveau mondial …
Quels sont nos Moai contemporains, qui dévorent nos ressources ? Sommes-nous déjà en train de rêver un mythe de l’homme-oiseau, alors que l’heure de notre responsabilité a sonné ?
L’île de Pâques a-t-elle quelque chose à nous apprendre ?
Comment appliquer son enseignement ?
Quelques liens pour découvrir et réfléchir ?
Livres :
- “Fantastique île de Pâques”, par Francis Mazière, Robert Lafont, Bibliothèque des Grandes Enigmes, 1969, 266p
- “Easter Island: Archaeology, Ecology, and Culture”, par Jo Anne Van Tilburg and John Mack, Smithsonian Institution Press, 1995
Internet
- Wikipedia, en français, et en anglais
- Des pages liées à une émission sur la chaîne Arte
- L’initiative pilotée par l’archéologue Joanne Van Tillburg
J’imagine que des chaînes comme National Geographic, et la Chaine Histoire doivent avoir quelques sources intéressantes aussi.



